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Bafou : La problématique des « Obsèques-Funérailles jumelées » sur la table des débats

TsobNous sommes le Samedi 08 décembre 2012 à onze heures et trente minutes à l’entrée de la concession de Mo’oh PINDA, non loin de la chefferie Bafou. Sa Majesté Fo’o Ndong Victor Kana III vient de descendre de sa voiture et galvanise les troupes pour l’exécution de la grande parade du KEZA’H et du NGOUH FO’O. Il profite alors de cette occasion pour échanger quelques mots avec la population présente, dont de nombreuses élites venues de Douala, de Yaoundé et des autres villes du pays.

Tsob

Parmi les sujets abordés, le Roi des Bafou introduit la question du jumelage de la célébration des obsèques et des funérailles, une pratique qui se répand déjà petit à petit à Bafou. Dans un style qui lui est propre, le Roi des Bafou attire l’attention de la population sur le fait qu’il voudrait mettre fin à cette pratique, sans toute autre forme de commentaire. Je comprends alors que le Roi veut avoir l’avis de son peuple sur le sujet. C’est la raison pour laquelle, à travers cet article, je nous invite à nous interroger sur les contours de la question, un exercice qui va certainement déclencher des débats « publics » sur ce sujet qui a des imbrications sur les plans culturel, sociologique, économique, anthropologique, bref qui a une influence sur le développement global de notre communauté.

Sans vouloir me plonger dans la grande littérature orale qui explique tant bien que mal les origines et le bien-fondé de la célébration des funérailles, et dont je pense que la grande partie des lecteurs, en tant que Bamiléké le savent déjà, j’ai souhaité aller directement au cœur du problème pour m’interroger et essayer de comprendre les raisons tant de ceux qui approuvent le jumelage de la célébration des obsèques et des funérailles, que de ceux qui la condamnent.

I. Les motivations du jumelage des obsèques et des funérailles

Le dimanche 09 décembre 2012, je me suis rapproché de quelques personnes à Bafou pour essayer de chercher avec eux les raisons qui pourraient pousser un homme, au soir de sa vie, à demander à ses proches d’organiser ses funérailles immédiatement après son enterrement. Dans la plupart des cas, cette décision ne se prend pas de gaieté de cœur, et nous comprendrons pourquoi.

1. Les motivations d’ordre économique

Il est évident que l’organisation du deuil tout comme celui des funérailles exige une importante mobilisation de fonds. De ce fait, certains parents, en regardant la situation économique et sociale de leur progéniture, estiment que les enfants ne pourront pas être en mesure de réunir suffisamment d’argent pour organiser des funérailles de haute facture. C’est ainsi qu’ils demandent dans leur testament, de faire le minimum exigé par la tradition, question d’éviter les malédictions à venir. Les pourfendeurs de cette cause laissent entendre : « Quand je regarde mes enfants, je ne vois pas celui qui sera en mesure de nourrir les belles-familles, les divers groupes de mendzong et les gens du quartier, puis de payer le tribut exigé pour inviter les différents groupes de danses traditionnelles (a’ka’a, lefeum, mendzong, etc...), de régler les honoraires des services traiteurs, des fanfares et autres groupes d’animation ».

2. Les raisons liées au nombre d’enfants

Il est peut-être important de signaler que chez les Bafou, l’enfant était vu comme une énorme source de richesse, car c’est l’enfant qui permet d’assurer la continuité de la famille et même de la lignée. Avoir beaucoup d’enfants était donc un indicateur social de grandeur et de richesse. Or avoir un nombre élevé d’enfants passe nécessairement par le mariage de plusieurs épouses. Avec l’organisation sociale actuelle imposée par les exigences du modernisme qui voudrait que l’homme ait désormais une seule femme, et juste quelque deux à cinq enfants maximum, certains parents trouvent que leurs enfants ne sont pas assez nombreux pour organiser des funérailles à la norme. « Je n’ai pas une grande famille. Ils ne sont que trois. Ils ne peuvent pas supporter à eux tout seuls les dépenses. C’est mieux qu’ils fassent des funérailles symboliques juste après mon enterrement», déclare un papa du quartier Zemlah

3. L’absence de leader

« Mon plus grand malheur, c’est que le Bon Dieu ne m’a pas donné un fils capable de drainer les foules pour mes funérailles. », « j’ai constaté avec amertume que mes enfants ne s’intéressent pas et ne fréquentent pas les diverses associations de leurs congénères en ville ». Voila quelques expressions venant de parents qui souhaitent que leurs funérailles soient organisées juste après leur enterrement. Ceci se justifie par le fait que les funérailles sont avant tout une fête populaire, dont le nombre d’invités présents est un indicateur de succès. Jean-Marie TCHEGHO dans son ouvrage « Bienvenue chez les Bamiléké, Tome 2 », explique cela par le fait que pendant les funérailles, le défunt capitalise les ondes positives dégagées à travers les joies et les satisfactions éprouvées par les participants à ses funérailles. C’est la raison pour laquelle chacun met un point d’honneur à mobiliser beaucoup de gens, à les accueillir dans un cadre décent et dans une ambiance de gaité, et surtout à leur donner suffisamment à manger et à boire …

4. La mésentente entre les enfants

Le succès des funérailles exige une certaine harmonie dans l’organisation. Or certains parents, en voyant de leur vivant la discorde qui existe entre leurs enfants, estiment que ceux-ci ne seront pas en mesure de s’asseoir autour d’une même table pour organiser leurs funérailles. Et comme ils savent que les enfants viendront quand même aux obsèques de leur ascendant (père ou mère), ils demandent à ce que les funérailles soient organisées immédiatement après l’enterrement…

5. L’éloignement géographique des enfants

Cette situation se pose surtout lorsque les enfants sont hors du Cameroun. Le parent est alors confronté à la difficulté pour les enfants non seulement à se déplacer pour les funérailles (obtention du visa, achat du billet d’avion, etc.), mais aussi à mobiliser suffisamment de monde.

II. Une analyse critique des motivations du jumelage des obsèques et des funérailles.

1. Le manque de ressources

Lorsque nous analysons dans le fond les raisons avancées par ceux qui souhaitent que leurs funérailles soient organisées immédiatement après leur enterrement, nous constatons qu’elles tournent essentiellement autour de la mobilisation des ressources, qu’elles soient humaines ou matérielles. Or, ces ressources sont évaluées au moment de la disparation du défunt. Ce sont des données qui sont dynamiques et non statiques. Ce qu’il faut comprendre par là, c’est qu’un parent ne doit pas évaluer les ressources actuelles de sa progéniture et la considérer comme telle au moment de l’organisation de ses funérailles, car nul ne connait l’avenir. Il y a au sein de la communauté Bafou de très grandes élites, qui n’étaient « rien » au moment du décès de leur père ou de leur mère, et qui ont organisé des funérailles grandioses. Il est d’ailleurs dangereux pour un parent de croire que ses enfants seront des incapables dans l’avenir, car ce que le père ou la mère demande pour son fils, Dieu le lui donne. Nous devons de ce fait avoir confiance en l’avenir, et continuer de croire qu’après notre mort, la vie sera certainement meilleure pour nos enfants.

Cependant, cette inquiétude peut tout de même se comprendre dans la mesure où certaines personnes ont transformé les funérailles dans notre communauté en séances de démonstration de leur force financière à travers un gaspillage insolite ou une imitation servile et suicidaire. Ces derniers profitent des funérailles non pas pour rendre hommage aux êtres disparus, mais pour démontrer leur grandeur et rechercher des honneurs. Dans ce sens, beaucoup vont contracter des dettes auprès des banques ou même des usuriers, ou prennent des tontines à des taux très élevés pour organiser des funérailles, question de « faire comme les autres et même mieux qu’eux ».

2. La mésentente entre les enfants

Il revient à chaque parent de s’évertuer de son vivant à établir un climat d’entente et de paix au sein de sa famille. C’est une fuite en avant que de croire que l’organisation des funérailles immédiatement après l’enterrement soit une solution aux problèmes de discorde entre les membres d’une même famille. Bien au contraire, cela participe à faciliter l’éloignement des enfants les uns des autres au lendemain de l’enterrement du parent. Les funérailles sont dans ce cas, une vraie opportunité pour les familles de se mobiliser et d’en profiter pour résoudre les problèmes. N’a-t-on pas vu des familles fortement divisées s’asseoir à la veille des funérailles des parents et bannir finalement leurs points de discorde ?

III. Obsèques-Funérailles jumelés : Une pratique contre la tradition et les valeurs humaines ?

Beaucoup d’observateurs pensent que la pratique des obsèques / funérailles jumelées tue la tradition à Bafou, et s’oppose par ailleurs aux valeurs humaines fondamentales.

1. Obsèques funérailles, une pratique qui tue la tradition à Bafou

D’après la tradition Bafou, la cérémonie du deuil regroupe un certain nombre de rituels, qui vont du début des lamentations (E’ndzouh legweuh) au rituel du veuvage (E’souk pfouck) et du « E’ndji’ih lepfet » pour les femmes. Ces rituels ont chacun des significations bien précises et doivent se dérouler dans le temps et de façon chronologique. Or dans la plupart de cas où les funérailles suivent immédiatement l’enterrement, l’intervalle ne dépasse pas deux jours, c’est-à-dire que lorsqu’on enterre le mort le vendredi, les funérailles ont immédiatement lieu le samedi, ou alors on enterre le samedi et les funérailles ont lieu le dimanche.

Lorsqu’il s’agit des obsèques d’une femme, la tradition prévoit que le deuil soit déporté chez ses parents après l’enterrement pour des lamentations. Il s’agit d’une étape très importante (E’tsakne legweuh) qui matérialise le fait que cette femme est quand même venue de quelque part, et que son mari doit y retourner pour partager sa douleur avec la belle-famille. Avec le jumelage obsèques/funérailles, cette étape est sautée, tout comme le rituel du « E’ndji’ih lepfet »qui se passe après l’accompagnement du deuil. Or à ma connaissance, le « E’ndji’ih lepfet » est une sorte de purification qui permet d’accrocher définitivement la houe de la défunte (une sorte de jubilé mortuaire).

Pour les obsèques d’un homme, le blasphème est tout aussi important. En principe, la cérémonie du veuvage (E’souk pfouck), qui est un rituel de purification, doit s’étaler sur un certain nombre de jours, et s’achever un « Ngan », jour spécifique du calendrier yemba. Or de nos jours, non seulement tous les rituels ne s’effectuent plus, mais pire encore, on voit les gens faire le veuvage un jour ordinaire autre que le Ngan.

En résumé, faire les funérailles sans avoir préalablement exécuté l’ensemble des rituels liés au deuil proprement dit est tout simplement une violation grave de la tradition à Bafou.

2. Obsèques-Funérailles jumelés : Une pratique contre les valeurs humaines

Sur un plan purement humain, comment comprendre que la mémoire d’un être cher, avec qui on a vécu et que l’on a aimé pendant des années, soit aussi banalisée ? Que l’on pleure le samedi, et que le lendemain dimanche le chez lui soit transformé en un lieu de beuveries et de fêtes gastronomiques, alors que son âme a à peine eu le temps de quitter son corps ? Personnellement, je considère cela comme un blasphème sans nul autre pareil.

Auparavant, le décès d’un être cher était matérialisé par des signes extérieurs comme la tête rasée, le port du noir, le port d’un écusson rouge à la poitrine pour les morts par accident ou par assassinat, le port du « makossa » bleu marine ou du blanc pour les veuves, etc., signes qui démontraient la douleur de ceux qui l’on connu et aimé, pendant un délai minimum de six mois. Aujourd’hui, la gymnastique des obsèques et funérailles jumelés vient réduire cela à néant, car on ne peut pas célébrer les funérailles d’une personne et revenir porter le deuil le lendemain. Une vie humaine n’a pas de prix, et on n’oublie pas un être cher comme on oublierait un chien, le temps de vingt quatre heures top chrono !

En définitive, nous comprenons que le jumelage de la célébration des obsèques et des funérailles, une pratique qui devient progressivement une mode à Bafou, constitue un danger pour la préservation de notre culture, socle de notre identité. Sur le plan purement humain, cette pratique participe à banaliser la mort et le mort, deux valeurs fondamentales qui donnent un sens à la vie et justifie notre combat quotidien sur cette terre. Cependant, l’extravagance des uns et des autres dans l’organisation des funérailles pompeuses par snobisme ou par imitation, nous amène à croire qu’il soit important de se pencher sur cet aspect de la chose. Il revient donc au Roi des Bafou, à ses notables, aux intellectuels et aux élites, de promulguer une fois pour tout le minimum exigible et les procédures à suivre pour l’organisation des funérailles.

NoupSans prétention d’avoir abordé tous les aspects de ce problème si profond et si vaste, mon exposé se situe juste au carrefour de nos interrogations, question d’ouvrir le débat pour qu’ensemble, nous choisissions le chemin à suivre par nous et pour notre postérité …

Sob Ndoungue NOUPOUWO Eric Géraud,

Ingénieur informaticien, MBA, PhD Student

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