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ENTERREMENT-FUNERAILLES, QUEL DILEMME

Kemka Kana Victor

S’adressant à ses sujets lors des funérailles d’un haut notable de N’SA’A à Baleveng, et alors qu’il haranguait les Mendzong avant leur danse, le Chef Supérieur Baleveng a décrié pour le fustiger, le phénomène d’Enterrement- funérailles, qui consiste à célébrer les funérailles dès que le défunt est mis sous terre.   

 

Comment, s’étonnait le Chef, peut-on manifester une joie alors que quelques minutes avant, on pleurait à chaudes larmes ? Le défunt  est-il ravalé au rang de moins que rien, pour que ses frères vivants ne puissent lui trouver au moins un seul jour pour ses funérailles ?

Quelques temps avant,  le Chef Supérieur FOTO lors des funérailles à Balivonli, fustigeait tout aussi ce phénomène.

Enfin, on nous a rendu compte que lors de leur réunion de routine, les Chefs de Groupements du Département de la Menoua ont tout aussi décrié le phénomène récurrent d’enterrement-funérailles, tout en demandant leur interdiction pure et simple.

Alors, nous demandons-nous, quelles sont les causes de ce phénomène qui risque de mettre en porte –à faux une partie des populations avec leur Chef respectif ?

Quelle est l’origine des funérailles ?

« Une certaine tradition voudrait que pendant les années de guerre d’indépendance, beaucoup de personnes, enrôlées dans les parties combattantes, sont mortes au champ de bataille, loin de leur village et à l’insu de leur famille. A la fin de la guerre,  et après décompte, force a été de se rendre compte que plusieurs membres des familles sont morts, et n’ont pas bénéficié des obsèques. C’est ainsi que fut organisée une cérémonie pour réparer ce tort. C’était les funérailles »

Pourquoi aujourd’hui devient-il difficile pour certains d’envisager les funérailles pour leurs défunts ? Faut-il y voir une paupérisation  des populations. Il s’agirait de l’appauvrissement organisé des membres de la famille du défunt,  lié à tout le superflu qui entoure désormais les enterrements chez nous. Il  est imposé par la Communauté, subtilement, même aux plus démunis.

Prenons un exemple

TEGNI est victime d’une maladie grave, et est interné pendant des jours à l’Hôpital. Ses ressources y passent, suivies de celles de ses proches. Il reçoit généralement peu d’assistance de sa communauté, qui préfère conserver cette aide "précieuse" pour son décès, lequel survient fatalement.

Tout commence par le dépôt du corps à la morgue. « Relevons pour les moins vieux d’entre nous que le phénomène de ‘morgue ‘ s’est accentué pendant la période des villes mortes qui ont secoué notre pays. Au cours de cette période, les déplacements n’étant possibles que les weekends, il a fallu conserver les corps pour les enterrer les samedis et dimanches ».  

La paupérisation commence concrètement par les veillées. Cette assistance physique auprès des familles éplorées est réduite à sa plus simple expression. L’insécurité aidant, elle se déroule de 16H00 à 18H00 environ, période pendant laquelle le conjoint éploré offre aux dignes membres des réunions la bière de la veillée. Quelle générosité ?

La levée du corps est impressionnante. Autant est-il normal que le défunt soit habillé confortablement. Autant ne peut s’expliquer l’attitude des vivants qui se font la concurrence en termes de parures, de vêtements, de maquillage, comme s’il fallait laisser un dernier message au mort. Cette foule déferle au domicile du défunt où après quelques scènes comiques (personne ne pleure en réalité), on se regroupe pour attendre que la famille mise à l’épreuve offre le vin et le pain de la morgue, d’où la création d’un nouveau néologisme dans notre langue : melouh po’o bread morgue.

Quelle saignée financière pour le conjoint éploré obligé d’offrir avec plaisir ce menu à une foule de plusieurs centaines de personnes ? D’ailleurs après ce rite,  toute la population disparait, laissant la famille toute seule et qui furieuse de cette dépense, manifeste sa colère en abandonnant le défunt tout seul dans le salon, obligé de  regarder le ciel.

Le corps transporté de nuit arrive généralement le vendredi au village dans la matinée. Il est descendu du car et déposé au salon. Dès la fin du tour de deuil (cette fois il y a des pleurs, il faut en être reconnaissant à nos parents du village), les populations se regroupent dans la cour, et réclament leur part de melouh po’o bread morgue (vin et pain de la morgue), quelle honte.  Combien de jour pleurait-on sans que l’ombre d’une quelconque nourriture traverse le lieu de deuil ?

L’enterrement survient le lendemain. Il est compréhensible que soit servi le vin de la cour (melouh teta). Comment comprendre toutes ces danses qui sont organisées pendant l’enterrement, avec les danseurs habillés en tenue d’apparat, et exigeant (une fois de plus) au conjoint déploré de les féliciter (é-ma’ah me loung) ! La mise en terre du défunt est-elle devenue des funérailles ? C’est peut être pour cela que certaines personnes ont rapidement franchi le pas.

Conscient de n’avoir pas fait le tour de ces exigences modernes qui entourent l’enterrement, il y a lieu de se demander si la mort d’un proche coïncide avec un certain enrichissement de la famille.

Demandons–nous comment cette famille va s’organiser pour survivre au décès de leur proche, ce que deviendront les enfants. Devons-nous nous entêter à les enfoncer d’avantage, eux qui ont perdu un soutien certain. Evitons qu’à la mort d’un parent, son proche au lieu de le pleurer, pleure plutôt la pauvreté et les sollicitations qui l’attendent !  En revenant aux bons sentiments et en évitant d’appauvrir les familles, les ‘vivants’ leur donneront l’occasion de ne plus s’écarter de la tradition et alors d’honorer leur parent par cet ultime adieu que constituent les funérailles. Aussi faisons-nous humblement appel à toutes les autorités traditionnelles, pour que le deuil redevienne ce qu’il était, et non des occasions de ruiner les familles, toujours surprises et accablées par le décès d’un des leurs.Kemka Kana Victor

 

 

Débarrassés de ce superflu, les vivants redonneront aux funérailles le sens et la profondeur convenables. La survie de notre tradition en dépend. Qu’est-ce qui nous reste pour notre culture ? En quelles occasions joyeuses nous rencontrons-nous au berceau de nos ancêtre ?  Quelle meilleure occasion est désormais offerte aux ressortissants du village pour se bâtir chacun une case ?

A chacun et à tous d’y répondre, et surtout d’apporter les contributions constructives pour notre tradition.

Une très modeste contribution de KEMKA KANA Victor.

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