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Le mariage traditionnel à Bafou (suite 2, la dot)

Le mariage traditionnel à Bafou (suite 1)

2- la dot :

Signification et contours de la dot dans le mariage traditionnel.

 

Considérée par certains comme le prix à payer pour avoir la fiancée, -(les anglo-saxons diront par exemple que : « Dowry is the bride’s price »)-, la dot peut être définie comme une compensation financière que doit verser le futur époux à sa belle-famille. En venant demander la main d’une jeune fille, il la soustrait de son milieu et prive sa famille de la force de travail et du potentiel économique que celle-ci représentait.

 

 

 

 

 

La dot est donc une sorte d’indemnité compensatoire que le gendre verse à ses beaux-parents pour le départ de leur fille, départ qui est assimilé à un manque à gagner et à la perte de certains droits sur elle.

A Bafou, la dot a un caractère si sacré qu’on n’en parle jamais quand une femme est enceinte. On devra attendre qu’elle accouche avant de s’asseoir avec ses parents pour les négociations.

Mais si après, la dot n’est toujours pas payée, ou si une femme a été donnée en mariage "gratuitement" ou "à crédit", sa famille conservera des droits sur les dots des petites-filles à naître. A Bafou, il n’est pas rare d’entendre un homme mur déclarer qu’il lui a été demandé d’aller verser la dot de sa mère ou même de sa grand’mère.

 

La dot est également un élément probant du mariage. Ainsi, si le droit écrit parlant de la présomption "pater is est" stipule que "tout enfant né dans le mariage a pour père le mari de sa mère", (cf. article 112 du Code Civil), à Bafou, on dira tout simplement que "tout enfant né d’une femme "appartient" à celui qui avait versé la dot de sa mère".

Ainsi, le droit coutumier Bafou interdit à quiconque de venir réclamer un enfant qu’il a fait avec la femme d’autrui.Même s’il a fait des jumeaux avec elle, le jour de la fête traditionnelle ou de la cérémonie familiale consacrée à ces enfants spéciaux comme la danse des jumeaux, "E’ssih", la fête de visitation d’un nouveau-né "A’jioôh-môh" ou "Lewaa", il ne doit pas se permettre de se pavaner, au vu et au su de tous, avec, sur son chapeau, une plume de perroquet, "Letong ngouh’" , par laquelle on reconnait le "Tégni" ou père des jumeaux. La société conseillera à cet homme de "porter son ngouh’" plutôt "dans le sac". Avis donc aux amateurs car à Bafou, ceux qui ont enfreint cette loi écrite nulle part, sont brutalement passés de vie à trépas de façon plutôt mystique.

De son côté et respectant peut-être l’adage qui dit : "Sois cocu et tais-toi", l’homme qui sait avoir été trompé par sa femme, ne la chasse pas avec l’enfant issu de sa relation adultérine. Il appelle cet enfant "A’piè saha" ou "bénéfice ramené du marché" et l’intègre parmi ses enfants sans autre forme de procès. L’expérience a montré que dans certains cas, ce genre d’enfant, devenu grand, faisait des prodiges et relevait très positivement le niveau et l’aura de la famille. N’oublions cependant pas que l’adultère, surtout si elle avait été commise sur une épouse du chef, était une faute grave passible des peines infamantes comme le bannissement ou très lourdes commela peine capitale. La femme était vendue comme esclave hors du village. L’homme fuyait définitivement le village car s’il venait à être arrêté, on pouvait lui planter un clou sur le crâne comme le faisaient les colons allemands ou l’enterrer vivant.

Nous avons connu dans les années 1960, un homme aigri appelé Messa Ngrewa, qui tenait le discours suivant à qui voulait l’entendre: "Si la femme de mon frère Poh’nda accouche d’un "Ahidjo", ce sera mon "Ahidjo" car c’est moi qui avais versé les 7 pounds (monnaie anglaise) qu’on avait exigés pour sa dot". Pour bien comprendre cet homme, il faut noter que El Hadj Ahmadou Ahidjo, le Président de la République de l’époque, était considéré comme l’homme le plus grand, le plus puissant et le plus important du Pays. Il pouvait donc servir de "mesure de grandeur" comme dans ce cas.

 

Pour se "libérer" de cette dette contractée longtemps avant leur naissance, les enfants et petits-enfants de Moho Poh’nda ont dû, longtemps après la mort de leur père et grand-père, se mettre ensemble pour cotiser une trentaine de mille francs qu’ils ont versés aux héritiers de leur oncle Messa Ngrewa. Pour "diluer la malédiction", (E’fêh’-ndôh), liée à cette "dette", c’est toute la descendance de Moho Poh’nda, -(et non pas seulement quelques-uns de ses enfants)-, qui a été sollicitée pour contribuer, même à hauteur d’un franc symbolique, à ce « remboursement » d’un genre spécial.

La dot à Bafou avait une importance telle que personne ne pouvait s’en soustraire. Elle se payait de plusieurs façons : en nature, en espèces et même par des services. Précisons dès maintenant, que la liste figurant ci-dessous est dressée à titre purement indicatif et ne pouvait pas être entièrement exécutée.

Modes de paiement de la dot :

Que ne ferait-on pas pour prendre femme ? Oui, que ne ferait-on pas pour …"manger le taro à la sauce jaune" … comme des hommes murs ? Vous avez peut-être déjà entendu parler de cet homme qui avait posé une noix de palmiste sur son genou et l’avait cassé avec une grosse pierre pour éblouir sa fiancée et démontrer à sa future belle-mère qu’il était l’homme le plus fort. Ayant par la même occasion sérieusement endolori son pied, notre homme, qui ne voulait pas pleurer devant ces dames, s’est levé et a commencé à boitiller en leur disant que c’était la nouvelle façon de marcher actuellement en vogue dans la grande ville portuaire de Douala. Pour prendre femme, on était donc prêt à tout.

A Bafou, la dot pouvait se payer de plusieurs façons. Sans être exhaustif, les choses suivantes pouvaient intervenir:

En nature : animaux (poulets, chèvres, porcs…), nourriture (ignames blanches, régimes de plantain, sacs d’arachides, paquet de noix de kolas…), biens de consommation (huile de palmiste, poudre d’acajou, fagots de bois de chauffage, sel, huile de palme empaquetée dans des feuilles, en calebasse, en bidon ou en tine, savons en barre, tabac, cigarettes, boissons locales (vin de raphia), ou boissons importées (vins, liqueurs, bières et limonade) etc…), outils pour travaux domestiques (machette, hache, trident, houe, …), matériaux de construction (piquets, bambous, nattes en feuilles de raphia tressées, bottes de paille, tôles, etc…), ustensiles de cuisine (marmites, plats, assiettes, récipients en bois pour conserver l’huile de palme ("E’-ndang mbouh’"), cornes ou verres à boire…), vêtements (boubous, pagnes, robes, ensemble kaki, casque colonial appelé "Cent cinquante", chaussures, etc…), parures de prestige (canne sculptée, peaux de panthères "E’ngoup ndju", queues de cheval au manche sculpté et orné de perles "A’sa’ang leuoh", large chapeau orné de plumes multicolores "Teung", tenue de danse en tissu traditionnel batik "E’-ndzouh Zeng", ou pagne de la même matière "E’-ndzouh lekeu’h", boucles d’oreilles, bracelets de cuivre ou d’ivoire "Kouang", "jiguita" ou colliers de minuscules petites plaques cylindriques enfilées que les femmes portaient autour des reins pour danser le "A’-ko’oh Ndzang" avec le ventre nu, le creux du nombril coloré de poudre de bleu à linge et les seins couverts de soutiens sans bretelles, etc…,

En espèces : originellement c’était des cauris ou des barres de fer. Ils ont été remplacés par diverses monnaies du colonisateur (le pound, le shilling et enfin le franc),

Ou même par des services: Nous avons vu certains gendres passer une bonne partie de leur vie dans leur future belle famille, en offrant leurs services dans divers domaines avec, pour seule rémunération, le gîte, le couvert et la perspective future de pouvoir prendre femme dans cette famille.

Les travaux dans lesquels ils s’investissaient étaient variés et pouvaient comprendre le puisage de l’eau pour les travaux domestiques, le nettoyage des plantations de caféiers, la coupe de la paille pour réparer les toitures, le tressage des nattes aves les feuilles de bambous raphia, la recherche des piquets et des bambous raphias pour renforcer les clôtures, la fabrication des meubles domestiques tels que des lits, des bancs de cuisine, des greniers pour la conservation des récoltes, l’émondage des caféiers et des arbres fruitiers, la pose des tuteurs sur les bananiers, la recherche de l’herbe pour nourrir les cochons, la recherche du bois de chauffage pour le beau-père ou pour ses épouses, la récolte, le dépulpage et le séchage du café, etc...

Pour attester que cette pratique est millénaire, la Sainte Bible, (Genèse 29. 15-30), développe comment Jacob, pour épouser ses deux femmes Rachel et Léa, a dû travailler pendant 14 ans chez son beau-père Laban. 7 ans d’abord pour avoir la main de Rachel, la fille cadette, qu’il avait aimé en premier lieu, puis 7 autres années pour celle de Léa, la fille aînée, qui lui avait été imposée parce que dans sa belle-famille, la tradition voulait, comme chez nous à Bafou, que les aînés se marient toujours avant les cadets. De nos jours cette tradition n’est plus respectée.

Comme récompense d’un acte d’héroïsme ou de bravoure posé dans l’intérêt du village, un homme pouvait recevoir à épouser une princesse du chef ou une fille de n’importe quel villageois. Les hauts faits de cet homme tiendront lieu de dot versée pour acquérir la main de celle-ci.

Il en est de même du cas des femmes données en mariage chez un chef qui a aidé un autre à gagner un procès, à défendre son village et à gagner une guerre ou chez un notable avec qui on a désormais une alliance ou une relation d’amitié très forte. La dot ici sera purement symbolique.

Signalons aussi qu’au cours de nos recherches, nous avons été informés des cas où certaines femmes avaient été "gagnées" au cours des jeux de hasard appelés "Njambo". Mises comme objet de pari par leur père, leur mari ou même leur frère, ces femmes avaient l’obligation d’aller chez le "vainqueur" du jeu qui n’avait aucune dot à verser.

Le rituel de la dot :

A Bafou, la dot obéit à un certain rituel qui, au fil des ans, a subi des modifications notoires en fonction de l’évolution des mœurs et -(avouons-le tout de suite)- de la cupidité des parents. On pouvait même parler, à un certain moment, d’un mercantilisme malsain car on voyait se multiplier des prétextes et raisons fallacieuses pour extorquer de l’argent au jeune futur marié comme si la jeune fille était effectivement une marchandise à vendre. Cette façon de faire ayant été dénoncée à plusieurs occasions, on assiste à un phénomène nouveau suivant lequel, les parents de la fille à envoyer en mariage dépensent autant, sinon plus que ceux du garçon. Examinons ci-dessous l’essentiel de la procédure de la dot telle qu’elle se déroulait hier et telle qu’elle a été modifiée de nos jours :

I – Les préliminaires indispensables de la dot :

1 – Annonce d’intention ou comment frapper à la porte "E’mb’heu nghi’h" :

Lorsque le futur jeune marié avait toutes les assurances d’avoir fait un bon choix et que la famille de la fille allait accéder positivement à sa demande, la phase de la dot pouvait commencer. Il devait venir, accompagné de sa famille, "frapper à la porte" de son futur beau-père et concrétiser ainsi son intention de prendre femme. Il venait pour s’annoncer, pour se présenter, et on dira en yemba, "E’mb’heu nghi’h". Il fallait pour cela, une chèvre, "E’mvouh’ peu’hê medzui" dite d’annonce d’intention. De nos jours, cette chèvre a été remplacée par une enveloppe dont le montant varie entre 30.000 et 50.000 francs avec en plus, l’obligation "d’augmenter la grosseur" de la chèvre par de l’argent. On dira, "E’so’h Nkôh mvouh". A cette enveloppe s’ajoutent aujourd’hui, une bouteille de Whisky, un casier de boissons hygiéniques en bouteilles et du Vin rouge en bouteille ou en dame-jeanne suivant les moyens du fiancé. Avant l’arrivée des Blancs, une calebasse de vin raphia et un paquet de kola faisaient l’affaire. Mais, face aux influences ravageuses du modernisme, le bon vin raphia est aujourd’hui dédaigneusement appelé "E’nde mbieng nguiah" (je suis réduit à rester à la maison) et à sa place, on aime bien prendre des liqueurs comme ce vin rouge frelaté et de qualité douteuse qui vous saoule dès le premier verre et qu’on appelle "Song’te menek" ou (boisson qui vous met les yeux hors des orbites).

Quand ces paquets sont acceptés par le futur beau-père, celui-ci envoie son futur beau fils se présenter à tel ami intime qui l’avait aidé à élever la jeune fille et rencontrer tels membres importants de sa famille et de sa belle famille. Il ne devra pas y aller les mains vides. Loin d’être de la tracasserie, le fait d’aller voir ces personnes et de surcroit chez eux est une preuve de détermination et un pacte que la famille du jeune garçon lie avec sa nouvelle belle famille.

Précisons que le jeune garçon assiste à cette cérémonie, mais ce sont ses parents qui font les négociations. Un adage de chez nous ne dit-il pas "qu’on ne presse pas soi-même son abcès" ? De l’autre côté, le beau-père est également présent mais c’est un de ses amis qui mène les tractations. Ce dernier recevra des deux parties, une "rémunération" pour sa peine.

La suite des préliminaires de la dot prévoit les étapes suivantes :

2 – Hommage aux grands-parents ou "E’-ghouang metouh mpfouh" ("Sel des crânes") :

Malgré tout ce qui se passe, la dot à Bafou ne voudrait pas passer pour une opération de vente. Il est question d’un être humain et non d’une chèvre. C’est pour cela que le mot sel, "E’-ghouang", a été introduit dans le langage propre au rituel de la dot pour remplacer le mot argent, "E’-nkap". Ilest utilisé pour dire qu’une toute petite quantité de sel suffit pour assaisonner un plat. Les bénéficiaires de ce "sel" sont :

a)- les grands-parents du coté paternel

Une couverture en laine pour la grand-mère paternelle

Un casier de boissons hygiéniques pour la grand-mère paternelle

Une chèvre vivante pour le grand-père paternel

Un casier de boissons hygiéniques pour le grand-père paternel

Un paquet d’huile de palme ou un bidon pour le grand-père paternel

Argent en espèces.

 

b)- Les grands-parents du coté maternel

Une couverture en laine pour la grand-mère maternelle

Un casier de boissons hygiéniques pour la grand-mère maternelle

Une chèvre vivante pour le grand-père maternel

Un casier de boissons hygiéniques pour le grand-père maternel

Un paquet d’huile de palme ou un bidon pour le grand-père maternel

Argent en espèces

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Notons ici que la couverture donnée à la grand-mère a une signification bien précise. La jeune fille à marier dormait avec sa grand-mère maternelle ou paternelle et la maintenait ainsi au chaud. Pour la soustraire de sa parente, il fallait bien donner à celle-ci quelque chose qui devait la tenir au chaud comme le faisait la jeune fille. Avant l’arrivée des Blancs, le "N’vrêh" constitué d’une natte rembourrée de paille faisait office de couverture. Il sera remplacé par la couverture de laine. D’où la notion de couverture qu’on donne à la grand-mère et non au grand-père.

C’est après ces deux étapes préliminaires obligatoires de s’annoncer en "frappant à la porte" puis de donner "le sel des cranes" ou rendre hommage aux grands-parents, qu’on pouvait attaquer le problème de la dot proprement dite qui sera développé ci-dessous.

À suivre……..

Le mariage traditionnel à Bafou (suite 3, "Kô'oh ntshi’h souk mbouh")

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